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BIOGRAPHIES DES ANCIENS PIEDS-NOIRS PIIKANI :
Dr. Reg Crowshoe et Geoff Crow Eagle


Dr. Reg Crowshoe
Dr. Reg Crowshoe

Mon nom est Reg Crowshoe. Mon nom pied-noir est Awakaaseena, qui signifie Chef Chevreuil dans notre langue. C'était aussi le nom de mon grand-père. Je viens de la nation Piikani du Sud de l'Alberta. Mon père est Joe Crowshoe. Il a été aîné et gardien du ballot de la réserve des Peigan pendant de nombreuses années. Il a aussi été gardien du Calumet sacré Petit Tonnerre, a dirigé les danses du soleil et a joué un rôle de premier plan dans la relance des sociétés des Chiens Sans Peur et des Mésanges. Je suis heureux d'avoir reçu ses enseignements. Sans eux, je crois que nous aurions perdu une grande part de notre culture. Mon père est décédé il y a quelques années, à l'âge d'environ 100 ans. Il disait être né en 1902, mais n'a été baptisé qu'en 1909. À sa mort, il avait célébré son centenaire. Je profite de tout son savoir.

La famille de ma mère vient de la nation Nez Percé en Idaho. Quand l'armée américaine a décidé de camper les Nez Percé dans une réserve du Sud-Ouest américain, le Chef Joseph et les Nez Percé s'y sont opposés. Le chef Joseph a combattu l'armée américaine jusqu'à la frontière canadienne, où il a fait traverser les enfants de son peuple, affirmant que la reine et les Indiens du Canada en prendraient soin. Puis, il est retourné en Idaho. Il a repris la lutte et mené l'armée vers l'Est, dans la direction opposée de ses enfants, jusqu'à ce qu'il rende son arme au champ de bataille de Bear's Paw, au Montana. Entre-temps, les enfants ont été accueillis par les Piikani, qui les ont dissimulés. Et quand l'« agent des sauvages » a demandé qui étaient ces nouvelles personnes qui se disaient piikani, notre peuple leur a donné le seul nom qu'il trouvait à leur associer, soit le nom de famille « guerrier ». Encore aujourd'hui, on retrouve ce nom dans la famille de ma mère.

Mes parents ont préservé les coutumes associées au Calumet sacré du Tonnerre, à la Danse du soleil et aux sociétés pieds-noirs, et ont conservé le Calumet sacré Petit Tonnerre. Ce calumet n'a jamais vu l'intérieur d'un musée bien qu'à l'époque, tous les autres ballots étaient repris par des musées ou leur étaient vendus par des « agents des sauvages ». Mon père a conservé le sien parce que ma grand-mère voulait que nous préservions nos coutumes.

Les cérémonies et enseignements de mes parents et grands-parents me procurent une force immense. J'ai reçu leurs droits hérités, ou autorité traditionnelle, dont j'ai la responsabilité aujourd'hui. Dans la communauté, je dirige encore les cérémonies du Calumet du Tonnerre, de la Danse du soleil et des sociétés. Cela fait partie de mon ascendance traditionnelle, de mon identité de Pied-Noir.

Au sein du système de traditions orales piikani-pied-noir, on me considère comme un célébrant qui dirige les danses du soleil, les cérémonies du Calumet du Tonnerre ou d'autres cérémonies comme celle de la société des Chiens Sans Peur. J'ai aussi eu le privilège de prendre soin de quelques ballots que j'ai ensuite transférés à mon tour. Quand vous transférez un ballot à une personne ou à un groupe, vous devenez le grand-père de cérémonie de la personne ou du groupe. Vous devenez aussi un aîné, selon nos critères traditionnels. Personnellement, je me considère comme un grand-père de cérémonie. C'est ainsi qu'on me connaît dans notre communauté traditionnelle. Je suis aussi professeur et je dirige encore nos cérémonies.

Tout jeune, on m'a amené à l'école résidentielle anglicane St. Cypriot, sur la réserve des Peigan, pour me montrer le savoir de l'homme blanc. Avant d'aller à l'école, le parlais ma langue et je croyais aux coutumes de ma grand-mère et de mon grand-père. À l'école résidentielle, j'étais complètement perdu parce que l'enseignement ne correspondait en aucun point à mon système de croyances. Je dois admettre, cependant, que les écoles résidentielles m'ont fourni une éducation. J'y ai appris à lire et à écrire, ce qui m'aide encore aujourd'hui.

Le ministère des Affaires indiennes a modifié ses politiques sur l'éducation quand j'étais encore enfant et j'ai dû fréquenter de nombreuses écoles différentes. Chaque fois que l'école résidentielle fermait, on m'envoyait dans une école d'un village environnant, puis les politiques changeaient de nouveau et on me renvoyait dans une école résidentielle de la réserve. Quand les politiques ont été modifiées en vue d'intégrer les enfants dans des écoles résidentielles loin des réserves, on m'a de nouveau transféré. Par conséquent, chaque fois que les politiques changeaient, mon cheminement scolaire changeait également. N'importe, j'ai terminé mes études secondaires et j'ai fréquenté l'université de Calgary quelque temps. Là, j'ai l'impression de m'être sauvé de l'école. Mais j'y suis revenu et me suis inscrit dans la GRC. Je me suis retrouvé à Regina et j'ai travaillé dans plusieurs réserves de la Saskatchewan. Puis, notre chef et notre conseil ont demandé que l'on me rapatrie ici, sur la réserve, et on m'a muté à Pincher Creek. J'ai quitté la GRC pour réintégrer la réserve et je me suis mis à travailler pour le compte de la bande des Peigan.

Tout ce temps, j'apprenais des personnes âgées et prenait soin d'elles. Je me suis mis à travailler avec la province à la préparation du site Head-
Smashed-In Buffalo Jump, où je me suis ensuite chargé de politiques et de culture. Plus tard, j'ai collaboré avec l'université de Lethbridge à l'élaboration d'un cours de gestion culturelle et j'ai conçu des cours pour l'université de Calgary.

En collaboration avec un auteur d'Amsterdam, j'ai aussi corédigé un livre intitulé Akak'stiman et d'autres publications sur la justice et les conseils de détermination des peines. Ces livres ont été traduits en néerlandais. On les trouve encore à l'université de Calgary. J'ai corédigé un autre livre pour le compte de l'université du Colorado, intitulé Science in the Native Community. Après avoir quitté la province, j'ai mené des recherches sur notre culture pour notre bande. Un jour, l'université de Calgary m'a décerné un diplôme honorifique. Voilà l'étendue de mon éducation occidentale.

Je dirais que j'ai eu la chance d'apprendre des deux cultures, ce qui me permet aujourd'hui de pratiquer ma carrière de rêve, soit de parler ma langue, d'écouter nos récits et d'en extraire les systèmes et les outils que nous devons nécessairement transmettre à nos jeunes si nous voulons préserver notre culture. La préservation, la protection et le renouvellement de cette culture sont mes passions.




Geoff Crow Eagle

Je m'appelle Geoff Crow Eagle. On m'a donné le nom pied-noir de mon arrière-grand-père, un nom qui signifie “Aigle Corbeau”. Je suis membre de la nation Peigan ou Piikani, qui fait partie de la confédération pied-noir. Quand j'étais jeune, notre réserve portait le nom de Brocket, un lieu situé au centre de la réserve. Mais la nation dans son ensemble est la nation Piikani. Il y a environ quatre ans, notre réserve a repris le nom de Piikani, plutôt que Brocket.

Sur notre territoire, nous vivions tous selon un système de clans. Aussi loin que je puisse me rappeler, j'étais dans le clan des Combattants solitaires. Le nom du clan vient de la manière dont on réglait les conflits au sein du clan. Quand il y avait des querelles familiales, on ne soumettait pas les problèmes à d'autres clans. On essayaient de résoudre les problèmes au sein du clan. C'est ce qu'on m'a dit.

J'ai commencé à travailler dans notre communauté, il y a de nombreuses années, quand j'ai repris contact avec notre culture. Mes grands-parents parlaient couramment la langue pied-noir. Ils faisaient partie de la Danse du Soleil et de diverses sociétés qui étaient établies sur les réserves Blood et Peigan, et leur savoir nous a été transmis quand nous étions enfants. Plusieurs enfants ont abandonné ces choses en grandissant, à cause des pensionnats. C'était autour de 1985 que je suis revenu à ça, et j'ai commencé à me souvenir de ce que mes grands-parents m'avaient appris sur la vie. Je prenais ça sérieusement, parce que j'avais perdu mon identité. J'avais vécu hors de la réserve, travaillé au sein de diverses communautés blanches. Et je suis revenu à ma culture à cause de l'identité – parce que je voulais un bon avenir pour mes enfants. Et il faut que je pave la voie pour eux, comme mes grands-parents l'ont pavée pour moi.

Enfant, j'étais devenu aveugle, parce que les pensionnats rabaissaient notre culture. Et je ne voulais rien savoir, jusqu'au moment où j'ai vieilli et où j'ai commencé à me rendre compte de l'importance de nos coutumes, et des valeurs comme l'Ikinapi, qui signifie être généreux et humble envers les autres et en soi-même. Une fois que j'ai trouvé la voie, j'ai su que c'était le trajet à suivre, et j'ai pu apprendre à mes enfants des choses sur la vie, sur notre identité autochtone, notre culture et notre langue. Je n'ai jamais perdu ces choses : je dirais que je les avais simplement mis sur le rond d'en arrière. Alors ç'a été assez facile pour moi de retrouver ce que beaucoup de nos anciens m'avaient enseigné. Et ce qui m'a le plus inspiré à me mettre à la tâche, c'est de m'être joint aux différentes sociétés pieds-noirs, où l'on m'a aidé à mieux comprendre nos enseignements.

Avec l'aide du savoir et de la sagesse de mes grands-parents, j'avais assimilé des enseignements, mais afin que je puisse célébrer ces rituels, que je puisse obtenir une pipe et qu'on prépare la voie à mes enfants, je devais me joindre aux sociétés pieds-noirs. Il fallait que ce droit me soit transmis. De cette manière, en comprenant mieux ces choses, j'ai pu parler à notre communauté. En me joignant à ces sociétés, j'étais vraiment inspiré et j'ai commencé à me rendre compte à quel point il est important pour nous d'être au sein de notre culture, de la vivre et de la comprendre. Je ne voulais pas jouer aux devinettes avec ma culture : je voulais en connaître la vérité profonde. Et ma crédibilité venait de là : de pouvoir dire que je faisais partie de la Société du Chien brave. Et en participant aux Danses du Soleil. Et si quelqu'un me demande si on m'a transmis le droit de pouvoir parler de ces choses, je peux dire que oui. Alors ils vont me croire, parce que j'ai travaillé et j'étais engagé dans tout ça.

Ma femme et moi avons joint la Société du Chien brave, ici même, au sein de la nation Piikani. Et nous avons été responsables de la bourse sacrée de l'Ours pendant dix ans, jusqu'à ce que quelqu'un nous approche à ce propos, et nous leur avons transmis. Et ces dix années au sein de la Société du Chien ont été dix années d'apprentissage : nous avons vraiment beaucoup appris. Et ce que j'ai appris, je l'enseigne aux nouveaux membres de la Société. Alors à cause de cela, je suis reconnu comme était un Ancien au sein de notre communauté. Je suis également devenu membre de la Société du Cor Sacré et je suis resté avec eux pendant sept ans. Et j'ai aussi quitté ce groupe.

Ce que je sais, des anciens qui étaient responsables de ces bourses sacrées l'ont partagé avec moi, y compris certains qui sont aujourd'hui disparus. Ils étaient les gardiens de bourses sacrées et j'ai été très chanceux de recevoir leurs enseignements.

Au cours des cinq dernières années, j'ai travaillé avec le Centre Culturel Old Man River, en faisant des recherches sur nos traditions, en réunissant des récits traditionnels, en assistant et en participant à bien des cérémonies. Je suis aussi allé aux musées d'Edmonton et de Calgary, pour écouter de très vieux enregistrements où nos anciens parlaient de notre culture et de nos coutumes. Et mon travail consistait à rassembler l'information provenant de tous ces musées et de tous ces anciens. Et nous avons vu que toutes ces sources comportaient quatre éléments importants : un lieu, un acte, une parole et un chant. Alors ce sont les choses les plus importantes de notre culture. Pour qu'un rite transmis soit légitime, ces quatre choses doivent en faire partie.

Mes grands-parents sont ma source d'inspiration, grâce à leur sagesse, leur gentillesse, leurs connaissances et leurs encouragements à mieux comprendre ma propre culture. Et pour comprendre ma culture, je dois connaître différentes sociétés. Il faut que j'aille à l'école, en quelque sorte, et c'est là que je recueille beaucoup de connaissances, en suivant les conseils de divers anciens qui ont participé à la transmission des rites.

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