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BIOGRAPHIE MOHAWK

Tom Porter

Tom Porter - Mohawk

Mon nom français est Tom Porter. Ma grand-mère m’a donné mon nom mohawk, Sagogweniongwass. Je crois l’avoir même reçu avant ma naissance. Il signifie « celui qui gagne ». J’appartiens au clan de l’Ours. Je crois que mon père appartenait au clan de la Tortue.

J’ai eu la chance de naître à une époque où notre réserve d’Akwesasne et de St- Régis n’avait pas d’électricité, et il n’y avait ni poteau ni ligne téléphonique sur notre territoire.

Nous utilisions des lampes à l’huile. Tout le monde avait un poêle à bois et un grand jardin, et était relativement autosuffisant. Nous avions des vaches, des cochons, des chevaux et des chariots. Nous vivions encore de cette façon quand ils ont installé les premiers poteaux téléphoniques sur nos terres. Je m’en souviens assez clairement car j’avais dix ans. Quand j’étais petit, il y avait aussi des femmes et des hommes âgés qui croyaient profondément, comme Sitting Bull, Crazy Horse et nos vieux dirigeants indiens. Même s’il reste encore des gens comme eux, ici et là, on n’en rencontre jamais en aussi grand nombre.

Comme j’étais très proche de nos vieux dirigeants, chefs et mères de clan, mon souhait est de donner un souffle nouveau à nos traditions, à notre vérité. C’est aussi le but de mon travail. J’étais parent avec bon nombre des personnes qui suivaient nos traditions. Pendant de nombreuses années, je leur ai servi d’interprète lorsqu’elles avaient besoin de communiquer en anglais. Beaucoup de leurs paroles se sont logées à jamais dans mon esprit pour former un bassin de connaissances. Je n’ai pas appris ces choses à l’école, mais par accident, en interprétant.

Lorsque j’avais six ans, les aînés hopis sont venus dans notre maison longue, qui constitue le cœur de la vie traditionnelle et des pratiques spirituelles mohawks. Ils nous ont parlé par l’entremise de deux interprètes, l’un allant de leur langue à l’anglais et l’autre de l’anglais au mohawk. L’interprétation jouait donc un rôle central dans les discussions. Je n’avais que six ans, mais j’étais presque aussi grand que les Hopis, qui étaient des hommes adultes. Ils sont petits, ces Hopis.

Ils étaient venus s’assurer que nous suivions encore nos traditions et pratiquions encore nos cérémonies. Ils voulaient nous rappeler de le faire. À cet âge-là, je savais qu’il y avait des Indiens partout au pays, mais, parce que nous ne voyagions jamais très loin, je croyais qu’ils étaient tous comme nous. Je connaissais les Onondagas et je savais qu’ils étaient onondagas et que nous étions mohawks. Nous pouvons les comprendre, même si leur langue est quelque peu différente de la nôtre. Mais quand les Hopis sont venus dans notre maison longue, ils ne nous ressemblaient pas et parlaient différemment. C’est là que j’ai compris que tous les Indiens n’étaient pas mohawks.

Plus tard, je me suis mis à voyager et à connaître les autres nations indiennes. Quand j’étais petit, en 1967 environ, notre Conseil des chefs traditionnels m’a demandé de l’accompagner à Oklahoma pour servir d’interprète. Toutes les nations indiennes – les Cherokees, les Cheyennes, les Lakotas, les Shoshones, les Payutes, les Sénécas, les Ojibwés – y étaient représentées.

Et les Hopis sont arrivés en camionnette. Un des hommes devait avoir 110 ans; il s’était déplacé jusqu’à Oklahoma dans la caisse arrière de la camionnette. Durant les discussions, il a pleuré et il a parlé : « Il semblerait que nous sommes la dernière génération à suivre les coutumes spirituelles de notre nation, à maintenir nos sites religieux : nos kivas hopis, les maisons longues mohawks, les danses du soleil du Dakota du Sud, a-t-il affirmé. Tous nos jeunes semblent y préférer les modes de vie américains ou canadiens, le christianisme ou une autre forme de religion. Les missionnaires ont beaucoup d’argent qu’ils utilisent pour envoyer des personnes partout dans le monde. Ils tentent toujours de convertir les gens; ils sont payés pour le faire. »

«  Mais nous, les Lakotas, les Hopis, les Séminoles et les Mohawks, nous avons à peine assez d’argent pour acheter du pain. Par conséquent, nous ne pouvons pas envoyer des gens contrer le travail des missionnaires. C’est pour cela qu’ils gagnent. Nous n’avons pas vraiment de chance, a-t-il poursuivi. Je ne sais pas ce que feront nos jeunes. » Puis, il s’est mis à pleurer. « Nous semblons être les derniers; ils nous ont tout simplement écrasés. » Ce vieil homme de plus de 100 ans nous a alors posé une question : « C’est entre vos mains; avez-vous assez de force pour continuer? » Nous sommes rentrés à la maison et avons dit : « Allons-nous les laisser nous écraser ou allons-nous nous défendre? »

Nous nous sommes organisés et avons appelé notre action les Racines blanches de la paix. Nous avons voyagé partout au pays, accompagnés de danseurs et de chanteurs. La maison mobile que nous avions achetée d’un médecin du Vermont avait parfois à son bord une douzaine de personnes. Nous avons voyagé et interprété nos coutumes : Que signifie cette cérémonie? Que veulent dire nos traditions spirituelles, nos professeurs, nos aînés, nos mères de clan, nos chefs, nos nations, toute notre constitution? Que signifient nos cérémonies des morts? Les vrais Haudenosaunees s’expriment d’une certaine manière lors de funérailles et de cérémonies. Ils ne suivent pas la façon européenne.

Nous avons donc visité les universités que fréquentaient des Indiens, et sommes allés dans des centres urbains comme Chicago, Santa Fe et la Floride. Nous sommes allés dans les grandes réserves des Lakotas au Montana, des Cheyennes, des Crows. Nous avons même fait à manger dans les soupes populaires de Toronto. Nous sommes allés partout. Nous avons organisé des danses et interprété nos coutumes. « Qu’est-ce que cela signifie? Allez-vous abandonner? Pas nous. Nous n’allons pas laisser toutes nos coutumes mourir avec cet homme. » Nous étudions tout cela. Nous croyons que Dieu avait une raison de faire de nous des Indiens. Il ne l’a pas fait pour rien. Par conséquent, si nous devenons des Indiens fiers, il sera fier de nous.

Vous savez, beaucoup d’Indiens ont réévalué la situation après notre passage. Nous avons semé des graines partout au pays. Et différentes communautés les ont cultivées. À l’échelle du pays, à l’étranger, nous avons senti un vent de renouveau. C’est ce que nous avons fait. Parfois, nous manquions d’argent et devions appeler à la maison; les femmes de la maison longue préparaient alors des petits gâteaux et des tartes, et organisaient un bingo. Plus tard, elles nous envoyaient 200 $ pour acheter de l’essence. Nous avions lancé un mouvement populaire. Personne ne nous a offert de subvention; seuls nos grands-mères, nos oncles et nos tantes de la communauté nous ont aidés. Ils étaient des jours de pure survie. C’est pourquoi nous n’avions pas peur de manquer d’essence ou de quoi que ce soit, et de connaître des moments difficiles. Cela faisait partie de l’aventure, et nous persévérions.